Vu par Ileana Cornea
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KEJ vu par Ileana Cornea

Texte écrit sur les oeuvres produites durant la période 2005-2007.

"L'art représente le corps de l'homme et de la femme depuis toujours. À chaque époque ses codes. Les enfreindre engendre le scandale et le doute.
Quand en 1907 les amis de Picasso découvrent les Demoiselles d'Avignon dans l'atelier du peintre à Montmartre, ils sont transits. Tous. Même les peintres !
Picasso touche à l'interdit. Il déforme les visages, les mains, les troncs, les pieds de ces filles. Moralement, c'est inacceptable.
Cette toile célèbre que l'on voit aujourd'hui au MOMA à New York nous paraît aujourd'hui belle et inoffensive. Nous en avons vu d'autres… Cela ne veut pas dire que la représentation du corps humain dans l'art s'est débarrassée de tous les tabous. À l'heure du clonage, le corps humain reste et restera un mystère.
Et à ce mystère, un artiste comme Kej cherche à en voler quelques secrets. Il s'intéresse à une partie périphérique de cette vaste thématique : le corps estropié, peu traité comme tel en peinture. Lui aussi s'en prend à l'interdit. Ses manchots et ses unijambistes éveillent la crainte car le monde de l'homme est régi par le deux et non par le un.
Mais Kej transcende la réalité clinique du corps mutilée. La ruse de la représentation artistique l'emporte sur l'exactitude partielle de la science parce qu'elle transpose le réel dans l'imaginaire et l'imaginaire tisse la fable.
Il traite son idée d'une manière fantasmatique, et ludique, puisant dans le vocabulaire de cette peinture que l'on a classé depuis une trentaine d'année "d'outsider". Et de ce langage, c'est le masque qu'il pose en bouclier. Le masque avec son côté déformé, expressif amplifié par la couleur.
Un masque cache et signifie. À travers lui, Kej accède à une vision quasi mythologique des choses, il nous raconte quelque chose qui se transmet d'une toile à une autre. Le mot fable nous dit Le Robert "vient du latin fabula" récit, propos, d'où "récit mythologique, allégorique, conte, apologue" du verbe "fari" "parler", issu d'une racine indo-européenne, et ce qui est à l'origine des mots comme faconde, fatal, enfant.
Et non seulement à travers "ses masques" mais aussi grâce à la mise en scène qui les accueille. Dans ses toiles, les espaces sont suggérés par des plages de couleur en demi-cercle et ovale. La courbe alterne avec l'angle droit évoquant un environnement d'apesanteur. Des bandes assez larges comme des tissus précieux les décorent. Ses êtres les habitent, comme des divinités de l'impair. Ils semblent traversés par l'air puisque sous leur armure en forme de corps humain on ne devine pas la palpitation de la chair. Ils sont élancés. Leur ventre est soigneusement marqué. Leur attitude laisse transparaître une certaine élégance. Des flèches en mouvement les désignent. Un aigle fantastique a fait son apparition parmi eux. Il y en aura probablement d'autres..
Ses images remuent l'imagination du spectateur qui va chercher des explications dans les histoires que murmure l'humanité depuis le mythe d'Osiris, le dieu démembré et ressuscité jusqu'à la réalité atroce de la guerre.
Mais il y a aussi cet autre aspect des choses. Dans la culture occidentale, Héphaïstos, le dieu forgeron, artiste, connaisseur du feu et de la forge est lui aussi boiteux… Dans une de ces toiles, Kej représente un personnage mutilé des crayons à la main. Son œuvre étonne, cet univers à part, donne beaucoup à penser…"

Texte d'Ileana Cornea, critique d'art et auteure en 2004 d'une monographie sur Raymond Hains.

En 1996, KEJ figure dans le CD-ROM intitulé "L'Art présent : Rencontre avec des artistes vivant et travaillant en France", édité par le magazine Artension.

En 2001, le cinéaste Morya T. lui consacre un film documentaire intitulé "KEJ en cage", produit par Intuitive Films.

En 2007, KEJ figure dans "La Bible de l'art singulier, inclassable et insolite". Collection Artension. Edition d'art Iconofolio. Parution Janvier 2007.

En 2008, Kej figure dans le catalogue de la Figuration Critique, Edition le livredart, Parution Janvier 2008.


Extraits du documentaire / Extracts of the documentary film "KEJ en cage".

Copyright Janvier 2006
Dernière maj : 20 Janvier 2009